rappel géographique

rappel géographique

parenthèse historique


Et en Bonus: petit rappel de l'histoire chilienne, pas si lointaine et pas si connue.


     En 1970, dans un contexte politique, économique et social assez confus (successions de gouvernements de centre gauche et de droite, révolution cubaine toute proche, ...) Salvador Allende, candidat de l'Unité populaire, remporte les élections présidentielles.
    
     Porteur d'un Chili "indépendant" par une "révolution dans la loi", Allende donne une orientation socialiste au pays. Celle-ci se perçoit essentiellement dans les réformes agraires (institution de conseils paysans, redistribution de 6 600 000 ha au profit de plus 100 000 familles paysannes - ce qui ne va pas sans affrontements avec certains propriétaires terriens) et les nationalisations, notamment des importants gisements de cuivre. Plus anecdotique, mais qui montre bien l'ambiance: les familles avec bébés reçoivent chaque mois une certaine quantité de lait, les Mapuche (peuple indigène) se font enfin entendre.
     Économiquement, la situation est loin d'être évidente: la production agricole diminue, le PNB chute, et l'inflation explose. Situation d'autant moins facile que les États-Unis, pas contents du tout, suppriment tous les crédits (exceptés ceux accordés à l'armée !) et tentent d'imposer un embargo mondial sur le cuivre chilien.
   Malgré tout, le gouvernement tient bon, et tente de mettre fin aux grands monopoles. Il prend le contrôle des industries textiles et des banques les plus importantes du pays, mais aussi des mesures pour diminuer le chômage, et améliorer le logement. Et les résultats des élections de mars 1973 au Congrès démontrent que le soutient populaire à Allende a augmenté depuis 1970.

     Toutes ces tentatives prennent abruptement fin le 11 septembre 1973, lorsque l'armée, soutenue par la CIA, déclenche un coup d'État. Retranché dans le palais présidentiel de la Moneda (bombardé et incendié), Allende se suicide. Une junte militaire dirigée par Pinochet (qui adopte en 1974 le titre de "chef suprême de la nation") prend la direction de l'État.
     Les partis de l'Unité populaire et les syndicats sont mis hors-la-loi. Répression brutale et féroce. 300 000 sympathisants de gauche arrêtés, environ 35 000 d'entre eux sont torturés, plus de 3000 exécutés. Exils. Emprisonnements. "Disparitions". Colonies pénitentiaires politiques établies dans des endroits isolés.
     Sur le plan économique, un système ultra-libéral se met en place: dépenses publiques réduites de 20%, le tiers des fonctionnaires mis à pied, TVA augmentée, dé-natonalisations qui livrent des pans entiers de l'économie aux investisseurs étrangers. S'en suit une inflation qui atteint des taux surréalistes, un coût social énorme (le chômage passe de 3,7% en 1970 à 18,7% en 1975, le PNB chute encore, l'enseignement et et le système de santé, qui étaient les plus progressistes d'amérique latine sont laissés pour compte). Environ la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

    Comment s'achève cette dictature ? Malgré le fait que l'opposition soit géneralement ou exilée ou décimée, des journées nationales de contestation ont lieu. La première le 11 mai 1983. Une autre lors de la visite de Jean-Paul II en 1987. Toutes sont sévèrement réprimées. Ce n'est donc pas par la révolution que la démocratie revient.
   Au fil des années, l'étau de la censure se desserre. Des partis politiques recommencent à fonctionner,et une partie des exilés peut rentrer. Soucieux de relégitimer sa position présidentielle, et sûr de lui, Pinochet orgnise en 1988 un référendum, dont il sort perdant avec 55% de "No" (mais quand même 43% de "Sí"). Contraint de léguer le pouvoir, il organise des élections présidentielles un an plus tard (remportées par un candidat de la démocratie chrétienne), tout en gardant le contrôle de l'armée et du Sénat.

   Ce n'est qu'en 1998 que Pinochet est arrêté, dans une clinique anglaise. C'est la justice espagnole qui l'accuse des meurtres de citoyens espagnols. Bien qu'il soit libéré pour des "raisons de santé", Pinochet perd symboliquement son invicibilité; au Chili, le ton change à son propos, notamment pour des histoires de corruption, enrichissement illicite et fraude fiscale (en plus des milliers de victimes...).



Différentes affiches internationales,
 vues au Museo de la Memoria y Derechos humanos

    Voilà, désolée, c'est un peu long (et encore ! Je fais l'impasse sur d'autres histoires pas bien plus jojo du Chili: colonisation, mises en esclavage, peuples au mieux dépossédes au pire extermines) mais ça me semble important pour comprendre le pays aujourd´hui.

   Parce qu'aujourd'hui encore, l'opinion est extrêmement partagée sur le cas de Pinochet. Certains pensent qu'il a sauvé le pays du communisme, d'autres qu'il a mené une dictature sanglante. On trouve des portraits de lui chez beaucoup de marchands. Comme on trouve partout des exemplaires de Mein Kampf d'ailleurs !
   La vie me semble très difficile ici. Pour certaines classes sociales. Ce qui es impressionnant, c'est le contraste. Contraste entre les gens, mais aussi entre des choses ultra-modernes (tout le monde tourne au smartphone, grosses voitures partout) et des pratiques ancestrales (à Temuco, maisons qui n'en sont pas vraiment - plutôt des espèces de préfabriqués en taule, personnes qui se déplacent à cheval). Le coût de la vie est sensiblement le même qu'en France, avec un salaire minimum équivalent à 400 euros, des semaines de 45 heures, pas de sécurité sociale et un enseignement publique déplorable. Les universités sont toutes privées, et plus chères pour ceux qui viennent d'établissements publiques (mais à ce que j'en ai compris, généralement la question ne se pose même pas: sans école privée il est impossible d'avoir un niveau suffisant pour espérer - ou avoir l'envie - aller plus loin).
Même les transports sont tous privés ! Tres peu de trains, bus de ville privés, bus de longues-distances privés. Ce qui me vaut certains problèmes avec les "micro" (bus de ville). Parce que, quand je monte et que je demande au chauffeur s'il va bien là où je crois qu'il va, il me répond ouioui, et me laisse à un endroit qui n'a rien à voir avec l'endroit où j'étais censé arriver (ayant tout inérêt à ce que je prenne son bus, même si je dois être perdue, flipper et me démener pour rentrer). Les joies de la privatisation ! J'ai au moins pu faire l'expérience concrète de l'expression (souvent ressentie, mais jusque là très abstraite) d"être complètement perdue".










Santiago

Voilà, donc la première étape, Santiago.


Arbre inconnu dans le Parque Forestal (Parc du centr-ville, familles, amoureux, joggers, etc)


Arrivée à l'aéroport un peu après midi (c'est-à-dire vers seize heures en France, soit dix-neuf heures après le départ). Après le passage du visa, du récuperage de sac (le moment de suspens, est-ce qu'il y est, est-ce qu'il y est pas ?) et de la douane, je suis réceptionnée par un taxi (envoyé par Emmanuelle) qui vient chercher "SOFFI ANDRIE". Le trajet en taxi, tout un voyage en soi. Feux-rouges grillés, klaxons, sortie d'autoroute prise au dernier moment, re-klaxon, passage in-extremis entre deux bus, petite rue à sens unique en marche arrière, rencontre avec une voiture en marche avant (c'était à prévoir), re-re-klaxons, gueulante en espagnol, on finit à pieds. 

Première nuit en auberge de jeunesse (très sympa si on oublie l'absence de portes aux douches), et depuis je suis chez Emmanuelle, ce qui est à la fois super confortable et super agréable, j'apprends grâce à elle énormément sur le passé et le présent du Chili.


Mais revenons-en à Santiago. 
Capitale du Chili, fondée en 1541 par le conquistador Pedro de Valdivia, la ville abrite aujourd'hui près de sept million d'habitants, un tiers de la population totale du Chili (info du guide du routard, j'ai pas compté). Son étendue est donc assez énorme, ce dont je ne m'apercevais pas bien avant de prendre de la hauteur, au Cerro San Cristobal (une "montagnette"au coeur de la ville). De là haut, la vue est spectaculaire, et on réalise à quel point la ville semble coincée entre les montagnes: la cordillère des Andes à l'Est, et la cordillère de la Costa (moins haute) à l'Ouest.

Vue depuis le Cerro San Cristobal. Mais trop de smog pour que l'on voit bien les montagnes

         
                                                       
                                                                                                                       
Vue sur les Andes (je crois) depuis l'appartement


Je n'avais pas eu de bons échos de Santiago, et j'ai été agréablement surprise ! C'est une ville avec beaucoup de couleurs: des maisons aux façades bleues, roses, rouges, etc, des fresques sur tous les grands pans de mur, et surtout des graph partout partout partout. Apparemment ce n'est rien comparé à Valparaiso, mais n'y étant pas encore allée...

quartier Lastarria


Quartier Bellavista

quartier Providencia


quartier Bellavista

quartier Bellavista

quartier Bellavista

quartier Bellavista, devant la maison de Pablo Neruda


Au dessus du río Mapocho, la rivière des montagnes


quartier Lastarria




   C'est aussi une ville avec beaucoup d'arbres, de fleurs, d'espaces verts. C'est assez agréable de passer de l'automne au printemps, quoi qu'un peu déphasant. Beaucoup de plantes que je ne connais pas, ce qui me plait bien aussi.



Un arbuste aux fleurs violettes, parque forestal

Cerro San Cristobal


El funiculario, pour monter de la ville au Cerro San Cristobal



Parque Quinta Normal, des fleurs jaunes qui font le régal des abeilles

Calle Catedral

Cactus du Cerro Santa Lucía


La coupe à fruits de chez Emmanuelle, assez représentative de ce qui se mange ces temps-ci.
On y trouve (en espagnol pour mettre dans le bain, et me faire réviser):
una calbaza (potiron: ici ils sont gris...), naranjas (oranges),  manzanas (pommes), limones, 
abogados, chirimoyas (les trucs vert et marrons, délicieux, et encore plus à la manière chilienne "chirimoya allegre": 
salade du fruit avec du jus d'orange pressée). Il y a aussi des sortes de minuscules noix-de-coco, mais plus pour la déco.




     Bon, après ça reste une ville, et une ville assez "occidentalisée", donc globalement, pas de perte de repères ou de choc culturel. Certains codes sont quand même différents, ce qui rend les débuts difficiles. Par exemple toutes les enseignes qu'on a l'habitude de voir et qui semblent (du coup) évidentes (boulangerie, pharmacie, supermarchés, poste, guichets pour retirer de l'argent, etc) ne sont pas les mêmes, et difficilement identifiables au premier coup d'oeil. Ce qui explique que les quelques lettres que j'ai commencé à écrire ne partent pas: toujours pas trouvé la poste...
Mais ça, je pense que c'est le début de tout voyage, s'habituer au pays, identifier les choses, trouver des repères... Et je n'en suis qu'au début !

Une rue du centre historique
On remarque que certaines enseignes sont internationales, ouf !


    Il y a quelques éléments qui dépaysent, certains que je découvre, d'autres dont on a juste moins l'habitude. Les plantes. Quelques oiseaux (bien que les gros pigeons soient ici aussi sur-dominants, il y en a d'autres que je ne connais pas, et des perruches vertes qui font un boucan pas possible). Le petit bonhomme vert pour les piétons, qui se met à courir pour signifier qu'il est temps de presser le pas si l'on tient à la vie. Les sirènes de police, qui déclinent toutes les sirènes imaginables. Beaucoup de musiciens dans la rue, mais aussi des "diseuses de bonne aventure", des joueurs d'échecs, des cireurs de chaussures. Les enfants, la plupart en uniformes au moment de l'école. Et parfois les instit' aussi (robes bleues en laine, avec col claudine pour celles ai pu voir). Des jeunes qui font des numéros de cirque à tous les feux-rouges pour récolter quelques pièces (ça peut aller de la jongle, aux acrobates, jusqu'aux cracheurs de feu, et parfois tout en même temps). Et une quantité impressionnante de chiens errants (pas agressifs, la plupart du temps ils sont allongés sur un trottoir et on se demande si ils sont morts ou vivants). 

Des danseuses à Lastarria

Centre historique

plaza Ñuñoa
(le nom de la place est impossible à dire en ayant l'air sérieux et crédible)

Cireur de chaussures, plaza de armas

Cerro Santa Lucía

Pour ce qui est de la pratique de l'espagnol, c'est compliqué avec les personnes assez âgées, qui ont une fâcheuse tendance à parler très vite et sans ouvrir la bouche. Dans ces cas là je pige que dalle, nada, niet. 
Pour les personnes un peu plus patientes (non que jeunesse rime avec patience, mais peut-être vieillesse rime t-elle avec impatience ? Haha) c'est beaucoup plus facile de communiquer, en ajoutant un "A" ou en "O" à la fin du mot français j'ai une chance sur deux de tomber juste, et c'est suffisant pour les informations de base. Après, c'est un peu frustrant d'avoir le vocabulaire d'un enfant de six ans... Mais ça viendra.

Bellavista, marché des artisans



Voilà, pour les premières impressions du Chili. Bravo à ceux qui ont tout lu ! Pour les autres, les images sont faites pour ça.
Je mettrai à jour l'article si d'autres choses me viennent.
Bonne nuit ! 




Dans le jardin de la Chascona, la maison de Pablo Neruda




(5 novembre) La veille du départ pour le sud, j'ajoute:

Aujourd'hui, j'ai vu mon premier Lama ! (Ou alpaga, ou gigogne, ou guanaco, je maîtrise encore mal les camélidés d'Amérique du Sud).

 Bon, c'était pas vraiment un lama sauvage


Les photos dans l'avion, c'est bateau (Ha, Ha) mais c'était beau !

 Départ de Paris le 28 octobre à 21h10, arrivée à Sao Paulo le 29 à 6h10 (heure locale). Puis re-départ pour Santiago à 9h05, arrivée à 12h05 (encore heure locale, mais pas du même local). Soit seize heures d'avion...
... Ce qui n'est pas aussi fun qu'on pourrait croire. 
Bon, ils proposent des couvertures, des boissons chaudes, boissons froides, brosses-à-dents, peignes, chaussettes (!) mais:
- on se caille ;
- la place à côté du hublot transforme tout déplacement (aux toilettes, notamment) en exercice de contorsion ;
- l'avantage du hublot c'est la vue, sauf quand on survole l'océan atlantique, de nuit ;
- les gnocchi servis à manger ressemblent vraiment à de gros vers blancs.

     Heureusement, il y avait des films américains-doublés-en-portugais à regarder, et des voisins brésiliens sympas qui n'ont rien dit quand j'ai renversé la moitié du plateau-repas.


Une ville au Brésil, vers 5heures du matin


Premiers pas en Amérique du Sud ! 
(assez limités, puisqu'ils se résument aux deux étages carrelés et climatisés de la zone d'embarcation de Sao Paulo)


Sao Paulo, vue d'en haut


Cordillère des Andes


Oh la grosse montagne !