Vendredi 20, Sabrina me raccompagne à la gare de bus, et j'embarque pour San Ignacio, provincia Misiones. Le taxi pour la gare routière coûte deux fois moins cher avec l'accent argentin, ha ha ha, je ris jaune.
Deux français dans le bus, Nora et Nicolas; on sympathise; on passe un jour ensemble, puis deux, et puis une dizaine finalement (peut-être ont-ils pris trop au sérieux la recommandation de Sabrina de me "cuidar mucho").
Peu à peu sur la route pour le nord-est (une vingtaine d'heures messieurs-dames), la terre prend une couleur ocre-rouge, qui colore à peu près tout: les maisons, les voitures, et les pieds des gens.
Nicolas et Nora ont un rythme de voyage pour le moins tranquille, qui me plaît bien. En arrivant à San Ignacio, avant même d'entrer dans la ville pour voir et chercher un endroit où dormir, on s'arrête prendre un café, on discute, on se repose avant l'effort quoi. Et c'est comme ça depuis.
San Ignacio, petit village tout joli, un peu touristique pour les "missions jésuites" (j'y reviendrai, patience). La haute-saison étant terminée (et oui, au boulot les argentins), les auberges sont à peu près vides.
Après la Patagonie, puis les Andes, puis la Capitale, la région, tropicale, est vraiment dépaysante. Des palmiers, des forêts qui prennent peu à peu le pas sur la ville, de grands fleuves marronnasses, et des animaux disproportionnés (ici, les fourmis ont la taille d'une phallange, les escargots celle d'une pomme, et les crapauds celle de ma tête). Et qui dit climat tropical, dit pluies torrentielles !
Le premier jour, on avait pour projet de louer des vélos pour aller jusqu'au parc Teyú Cuaré. Mais, une fois la journée commencée (tard), elle a été ponctuée de courses-pour-aller-se-mettre-à-l'abri. Alors qu'il fait une chaleur étouffante, on voit d'un coup un rideau de pluie qui se rapproche, se rapproche, et il faut courir pour ne pas être complètement trempés en moins d'deux. Et une fois la grosse averse passée, un grand soleil, qui fait s'évaporer la pluie, et rend l'atmosphère encore plus étouffante. Mais j'aime bien.
Mais plus que la pluie, c'est l'absence de vélos qui nous a fait renoncer à l'expedition bicycletas. On a eu beau arpenter tout le village, il a fallu admettre après trois tours du village que non, pas de bicy (enfin si, il y en a des neuves et belles, mais impossible de comprendre comment y avoir accès). Et cette promenade forcée a été en fait super, entrecoupée de grosse averses, mais qui donnent de beaux contrastes chromatiques au village (le ciel gris et le sol rouge, mamamia que lindo).
Et on est quand meme allés au parc (en remis, ce qui nous a paru finalement bien judicieux en voyant la route et le temps instable). Superbe, promenade dans les bois, mais des bois bien différents de ceux de la dordogne: des palmiers, des fruits type fruits-de-la-passion, des gros lézards de 80cm, des papillons énormes et colorés, le rio Parana en contre-bas (rio dans lequel il ne semble pas y avoir de pirañas, caimans et autres bestioles mignonnes, ou en tout cas pas ce jour là=, et le Paraguay juste en face.
Juste à l'heure de rentrer du parc, une nouvelles grosse averse, qui cette fois ne dure pas 10 minutes, mais deux heures. Le temps de transformer toutes les rues du village en rivières. On se met à l'abri dans l'auberge.
Un bon résumé des activités de l'auberge quand il pleut: un chat, des livres et du maté.
Et l'accordéon !
Parenthèse historique
(je préviens pour ceux qui voudraient faire une impasse)
San Ignacio est donc bien connu pour les missions jésuites. Au XVIIème siècle, la situation des amérindiens est déplorable. Le système de l'encomedia reconnait alors aux conquistadores la propriété des terres, mais aussi des populations qui y vivent, selon un système d'asservissement impitoyable.Or plusieurs événements viennent remettre en cause ce fonctionnement. De grandes révoltes indiennes; l'opposition grandissante de l'Eglise au servage; l'impression de la cour d'Espagne qu'une trop belle part est faite aux colons.
En 1606, les ordonnances royales imposent de ne pas assujettir les indiens, mais de gagner leur confiance uniquement par les sermons et l'enseignement des religieux envoyés sur place. C'est alors que le supérieur général de la compagnie de Jésus (autrement dit: des jésuites), Acquqviva ("eau vive" en français, oui, c'est curieux, passons) obtient du roi d'Espagne (Philippe II) l'autorisation pour les jésuites d'Amérique latine de fonder un état autonome. Les jésuites mettent ainsi sur pied leurs "Misiones", dont l'organisation sociale est particulièrement nouvelle pour l'époque (elle fonctionne selon un mode d'organisation communautaire et autonome), et qui vivront pendant près de 150 ans pratiquement coupées du monde extérieur.
La première mission construite est celle de San Ignacio, commencée en 1609.
Soucieux d'etre acceptés par les communautés Guarani, les jésuites ont appris leur langue et conservé leur structure sociale, en supprimant néanmoins peu à peu la polygamie, la nudité, les maisons communes, et en modifiant leurs coutumes funéraires.
Les missions sont des petites villes qui s'organisent selon un plan en damier. Les batiments principaux (école, église, cimetière) sont disposés autour d'une grande place, bordée de maisons et d'ateliers. La vie est réglée sur la liturgie; la peine de mort abolie; les habitants travaillent la terre, chacun disposant d'une parcelle particulière, et d'une parcelle collective dont les productions sont équitablement réparties. La journée de travail est ainsi d'environ 6 heures par jour. La société Guarani est alors la première du monde à etre completement alphabétisée.
La sucession des Bourbons aux Habsbourgs sur le trone d'Espagne met fin à ces expériences de vie communautaire. Les Guarani recoivent l'ordre de quitter leurs villes; ils refusent et se révoltent en masse )s'alliant pour l'occasion avec les "infidèles" - non converti). Le conflit s'achève en 1756 dans un bain de saing. L'ordre des jésuites est dissous en 1773 par le Pape. Les indiens sont pourchassés, déportés, massacrés.
On ne voit pas bien les sculptures, qui sont un joli mélange d'éléments occidentaux et d'autres plus locaux.
Aujourd'hui, on croise encore des Guarani, à San Ignacio notamment, et ça n'a rien de réjouissant. C'est un peuple présent au nord de l'Argentine, mais aussi au Paraguay, Brésil, en Bolivie et Uruguay, issu de la souche Tupi (les indiens les plus anciens qui existrent aujourd'hui). Des communautés autonomes semblent vivre en retrait des villes, dans la jungle, mais l'on en croise beaucoup à San Ignacio, qui vivent misérablement, les enfants mangeant des "Mr Fizz" ou piochant des trucs par terre. Dur dur.
Un peu plus au nord de San Ignacio, il y a Iguazu, et ses plus-que-célèbres chutes.
Pour le coup, c'est un spot touristique, peut-être le plus important d'Argentine. Mais. C'est aussi je crois l'une des plus belles et impressionantes choses que j'ai jamais vu.
Avant d'y aller (toujours avec mes deux francesitos), passage obligé à Port d'Iguazu, ville fête-forraine peu intéressante, dortoir-usine où l'on dort à seize (voir plus, si l'on compte les cucarachas), dans une chaleur étouffante. Pour le coup, le réveil a été matinal.
Les premières casades en arrivant. Sur le coup elles sembent impressionnantes, mais en fin de journée elles sont riquiqui au regard du reste.
Tadadadam !!
Et encore Tadadadam !!
Je crois que c'est la seule journée où l'on a pu sembler assez hyperactifs aux autres voyageurs qui nous accompagnaient (deux français et un américain). Sous une chaleur folle, on a marché d'abord à la vue d'en bas (photos ci-dessus).
Là. une quantité folle de "Coatis", des petits animaux qui sont rapidement passés de "trop mignon" à "complètement insupportable dégages". Ils sont tellement habitués aux touristes que dès qu'ils entendent un bruit d'emballage ils se jettent sur le touriste, l'un détourne son attention pendant que l'autre attrappe sa nourriture, et après il n'y a plus qu'à aller racheter un sandwich á 11 euros à la boutique d'á coté, en supportant le sourir narquois du vendeur.
Il a l'air mignon comme ça, mais c'est complètement un air qu'il se donne
Stratégiquement (et affamés), on s'est donc éloigné des coins les plus fréquentés. Petite ballade sur le sendero Macuco, jusqu'à une petite cascade, où oh la chance, on peut se baigner en contre-bas (et encore une fois, pas de pirañas ! Mais bon, aucun de nous n'ètait près á y aller tout seule quand même). Encore une fois, des centaines de papillons.
la piscine naturelle vue d'en haut.
Pour y aller, un chemin bof (relativement à tout le reste, c'est important de préciser), mais des grosses fourmis, des gros lézards, et des singes !
Après avoir mangé, s'être baigné, et avoir (trop) rapidement séché (et on commence à en avoir plein les jambes aussi, non, la beauté du paysage ne donne pas des ailes), on va tout en haut, là où il y a le trou, et où tombe l'eau. Toujours magnifique, tellement tellement, que c'est difficile à décrire. On retiendra les caimans, les canards suicidaires qui se laissent tomber dans les chutes, les énormes poissons, le Brésil à quelques nètres (en face) et cette eau fracassante qui ne s'arrête pas.
Ce qui est surprenant, c'est que jusqu'à ce qu'il arrive au point décisif de la chute, le fleuve parraît plutot calme. Pour ceux qui ont en tête l'excelletent référence cinématographique d'un indien dans la ville, les paysages sont assez semblables.
Enfin, presque à bout de forces (oui oui, ai-je précisé que la nuit avait été terrible, et le réveil plus que matinal ?), on va sur le sentier "intermédiaire". Encore, encore une fois, époustoufflant. Lumière de fin du jour, un vol de toucans, des arcs-en-ciel, tout est beau.
On est donc rentrés bien émerveillés, et aussi bien épuisés, tant mieux, puisque ça faisait partie du super plan: "ne plus tenir debout et dormir à point fermé durant les vingt-et-une heures de bus qui suivent jusqu'à Tucuman. Et ça a marché.
ça me saoule ce truc de commentaires qui s'effacent à peine on met ''publier" !! je disais donc : Oh ! un indien dans la ville ! et aussi qu'on était en connexion parce qu'à Berlin, pendant Iguazu donc, j'ai vu des coatis se faire nourrir par des deutch kinder et des toucans et des singes (au Zoo hein ^^) (et j'ai bu du club maté, ein délice!!) Il me tarde de venir te voir, ainsi que les poissons énormes de l'Amérique du Sud ! bisous ma sophinette
RépondreSupprimerSuper bueno ton blog! pour l'histoire des missions Jésuites, il y a ce film incroyable qui raconte l'arrivée des jésuites chez les Guarani: "Mission" que tu connais peut-être!? http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=2152.html
RépondreSupprimerJohn-Claude et Alice (ma fille)
Bon, de toute évidence, on s'est logés au même endroit, à San Ignacio. Superbe hostel dans une vieille maison, très belle ambiance, non ? Merci pour les photos, il y a des choses qu'on n'a pas été chercher, avec Olivier... Nous aussi, on a eu droit à une averse diluvienne, dans le secteur. Bises.
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