Après nombreuses hésitations, départ pour la terre de feu, Ushuaia, "fin du monde".
Tergiversations, parce que fatiguée de tous ces paysages plats, immenses, et vides. On roule en bus pendant trois, quatre, cinq heures, sans rien croiser d'autre que ces buissons tout secs, quelques troupeaux de moutons ou de guanacos, et de temps en temps une raffinerie de pétrole. Il y en a à qui ces grands espaces donnent un sentiment fou de liberté. Moi ça m'angoisse, je m'imagine toute seule au milieu de ce rien, sans aucune idée d'où aller et aucun moyen de se repérer.
Et à la longue, ça me rend morose aussi.
Mais la peur de passer (trop près) à côté de quelque chose, la curiosité de voir "comment c'est en vrai" ont fini par prendre le dessus.
La Terre de feu, c'est un archipel d'îles, dont la plus grande est "l'île grande"(facile à retenir) avec une superficie comparable à celle de l'Irlande, et Ushuaia pour capitale.
Le nom de "terre de feu" viendrait des feux qu'allumaient les Yamanas pour se réchauffer.
Encore une fois, l'histoire est assez sombre. Au moment de sa découverte par les européens, la terre de feu était occupée par différents peuples nomades: les Selknams au centre-nord, les Haushs ("mangeurs d'algues") à l'est, les Alakufes à l'ouest et les Yámanas au sud. Tous vivaient de la pêche et de la chasse, se protégeant du froid grâce aux peaux de guanacos pour les uns et aux graisses d'animaux marins pour les autres. Et chacun avait une culture propre, et riche, malheureusement peu connue car largement niée (méprisés par les marins européens, tous ces peuples étaient désignés sous le terme générique de "Fueginos" - au mieux ! sinon c'était "sauvages", "cannibales" et autres joyeusetées)
Avec l'arrivée des premiers bateaux, l'arrivée de maladies nouvelles (rougeole, tuberculose, typhoïde) qui commencent à décimer les populations natives. Mais ce n'est que le début. Au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, des éleveurs bovins débarquent en terre de feu pour y fonder d'immenses haciendas, clôturant le territoire. Totalement étrangers à l'idée de propriété privée, les fueginos se mettent à chasser le mouton comme auparavant le guanaco... ils passent alors de "misérables sauvages" à "voleurs de bétail". En 1879, le gouvernement argentin lance l'opération "guerre du désert": des tueurs professionnels sont engagés, rémunérés en fonction de la partie du corps qu'ils ramènent aux propriétaires d'haciendas: une tête, une oreille (un livre sterling), un organe prouvant la mort de son propriétaire.
L'horreur atteint des sommets quand en 1881 onze indiens sont chassés, capturés, embarqués et exposés comme "cannibales" au zoo humain qui se déplace en Europe (Paris d'abord, puis Berlin, Leipzig, Munich, Stuttgart et Zurich). Seuls quatre y survivent.
Comme vous l'aurez deviné, il n'existe plus aucun fuegino aujourd'hui.
Triste parenthès historique terminée, j'en reviens à Ushuaia.
"Ushuaia", c'est une ville qui m'évoquait plein d'images, du petit port de pêche à la pub pour le shampoing. Si le petit port de pêche a existé un jour, il fait aujourd'hui plus gros port industriel et touristique. Quant à la publicité, soit c'est un vaste mensonge, soit son concepteur a séché les cours de géo: il n'est clairement pas possible de prendre une douche sous une cascade dans le coin, au risque de rapidement tomber en hypothermie.
Mais, bien que ça ne colle pas aux cartes-postales-de-mon-imagination, la ville a son charme. Bon, la vie y est vraiment chère (ce qui réduit largement les possibilités), et il est difficile d'y trouver un endroit où dormir. Mais c'est agréable de s'y promener et de regarder toute la vie qui s'y agite.
Et puis bonne surprise en arrivant: oh, de la végétation, des fleurs et des arbres, et même des reliefs ! La ville est tout au bout de la cordillère des andes, ceci explique cela. Je n'ai jamais autant aimé monter en haut d'une montagne.
Et à la longue, ça me rend morose aussi.
Mais la peur de passer (trop près) à côté de quelque chose, la curiosité de voir "comment c'est en vrai" ont fini par prendre le dessus.
traversée du détroit de Magellan
La traversée ne dure qu'un petit quart d'heure, qui laisse le temps quand même de voir des
dauphins de patagonie, rigolos, noir et blanc. Pas de photos, google image est bien mieux approvisionné que moi,
comme ICI
Incroyable, un arbre ! Bien malmené par le vent, mais vivant.
Tellement incroyable que le bus s' arrete pour qu'on le regarde bien.
La Terre de feu, c'est un archipel d'îles, dont la plus grande est "l'île grande"(facile à retenir) avec une superficie comparable à celle de l'Irlande, et Ushuaia pour capitale.
Le nom de "terre de feu" viendrait des feux qu'allumaient les Yamanas pour se réchauffer.
Encore une fois, l'histoire est assez sombre. Au moment de sa découverte par les européens, la terre de feu était occupée par différents peuples nomades: les Selknams au centre-nord, les Haushs ("mangeurs d'algues") à l'est, les Alakufes à l'ouest et les Yámanas au sud. Tous vivaient de la pêche et de la chasse, se protégeant du froid grâce aux peaux de guanacos pour les uns et aux graisses d'animaux marins pour les autres. Et chacun avait une culture propre, et riche, malheureusement peu connue car largement niée (méprisés par les marins européens, tous ces peuples étaient désignés sous le terme générique de "Fueginos" - au mieux ! sinon c'était "sauvages", "cannibales" et autres joyeusetées)
Avec l'arrivée des premiers bateaux, l'arrivée de maladies nouvelles (rougeole, tuberculose, typhoïde) qui commencent à décimer les populations natives. Mais ce n'est que le début. Au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, des éleveurs bovins débarquent en terre de feu pour y fonder d'immenses haciendas, clôturant le territoire. Totalement étrangers à l'idée de propriété privée, les fueginos se mettent à chasser le mouton comme auparavant le guanaco... ils passent alors de "misérables sauvages" à "voleurs de bétail". En 1879, le gouvernement argentin lance l'opération "guerre du désert": des tueurs professionnels sont engagés, rémunérés en fonction de la partie du corps qu'ils ramènent aux propriétaires d'haciendas: une tête, une oreille (un livre sterling), un organe prouvant la mort de son propriétaire.
L'horreur atteint des sommets quand en 1881 onze indiens sont chassés, capturés, embarqués et exposés comme "cannibales" au zoo humain qui se déplace en Europe (Paris d'abord, puis Berlin, Leipzig, Munich, Stuttgart et Zurich). Seuls quatre y survivent.
Comme vous l'aurez deviné, il n'existe plus aucun fuegino aujourd'hui.
"Ushuaia", c'est une ville qui m'évoquait plein d'images, du petit port de pêche à la pub pour le shampoing. Si le petit port de pêche a existé un jour, il fait aujourd'hui plus gros port industriel et touristique. Quant à la publicité, soit c'est un vaste mensonge, soit son concepteur a séché les cours de géo: il n'est clairement pas possible de prendre une douche sous une cascade dans le coin, au risque de rapidement tomber en hypothermie.
Mais, bien que ça ne colle pas aux cartes-postales-de-mon-imagination, la ville a son charme. Bon, la vie y est vraiment chère (ce qui réduit largement les possibilités), et il est difficile d'y trouver un endroit où dormir. Mais c'est agréable de s'y promener et de regarder toute la vie qui s'y agite.
Le phare "des éclaireurs", qui a un nom français, mais je n'ai pas bien compris pourquoi
La guerre des Malouines n'est pas si loin ! Beaucoup de revendications partout
Et puis bonne surprise en arrivant: oh, de la végétation, des fleurs et des arbres, et même des reliefs ! La ville est tout au bout de la cordillère des andes, ceci explique cela. Je n'ai jamais autant aimé monter en haut d'une montagne.
De chouettes rencontres aussi. J'avais prévu de passer un contre-nouvel-an, toute seule en mangeant des raviolis. Finalement j'ai mangé des raviolis, mais pas toute seule. L'hospedaje vieillotte de petits-vieux-gentils s'est peuplée de chiliens, argentins, israeliens, italiens, français et suisses; une nochevieja cosmopolite, à jongler entre l'anglais, l'espagnol et le français (et le franco-suisse aussi, avec l'accent et les expressions drôles).
Les deux suisses ont voyagé depuis l'Equateur jusqu'à Ushuaia en vélo (en 10 mois !!), et les deux français sont partis pour deux ans en tandem. On peut suivre leurs aventures là et là. Ca fait assez rêver.
À l'eau le suisse ! Canal de Beagle, qui fait la jonction entre l'océan pacifique et l'océan atlantique. Froid froid froid.
Ou quand, pour certains, l'hospedaje se trouve dans le chantier d'à coté. Méga confort quand même.
La terre de feu, c'est aussi un trésor de biodiversité (encore un !), l'occasion de voir plein d'animaux proches de l'antarctique. Pour les baleines, j'ai clairement la poisse: j'ai raté la saison à Chiloé au Chili, celle de Puerto Madryn en Argentine, et beaucoup de gens rencontrés à Ushuaia m'ont dit qu'ils en avaient vu dans le canal de Beagle, ou dans les détroit de Magellan. Mais j'ai eu beau me poster pendant des heures face à la mer, partir en voilier sur le canal, pas de baleine pour moi.
Mais bien d'autres animaux fascinants.
Les manchots rois, ou rencontre du troisième type.
De loin, ils ont des attitudes étrangement "humaines".
De loin, ils ont des attitudes étrangement "humaines".
Et puis d'un coup d'un seul, ils tentent le bec vers le ciel, se mettent à pousser des cris trop bizarres, tous en même temps.
Sur le canal de beagle: Des ñilliers de cormorans, et de jolies mouettes d'Amérique du sud.
Les lions de mer
On salue l'exploit de grimper ces rochers, sans pieds, sans mains, et avec un corps qui ressemble à une grosse chose molle en caoutchouc, de 350kg.
à noter: selon la mythologie Selknam, les lions de mer sont à l'origine des hommes qui, durant une terrible innondation,
se sont réfugiés sur des récifs, puis se sont transformés en lions de mer...
Et enfin, Ushuaia a été l'occasion de longues (et difficiles ?) réflexions sur l'utilité du voyage. En rencontrant des profils de voyageurs très différents (de ceux qui, comme les cyclistes, prennent le temps et le font d'une manière éco-humano-responsable, à ceux qui "visitent" toute l'Amérique latine en deux mois), je m'interroge, comment faire ça d'une manière qui ne me déplaît pas trop ? Bien-sûr, il y a découverte du monde, de nouveaux endroits magnifiques, de cultures et d'histoires. Mais il est difficile de ne pas tomber dans la consommation pure et simple: cocher les endroits "vus"; accumuler les expériences payantes et peu enrichissantes; avoir l'impression de rencontrer du local quand un guide hyper-actif et bien payé fait croire aux touristes qu'ils sont "plus que ça".
J'ai pas trouvé la solution, mais de très bonnes pistes de réflexions ici.
Le poème d'amour sur... la casserole, j'ai bien ri.
ps: de loin, je suis les horreurs passées en France. Tristesse, effroi et consternation. Beaucoup d'articles de qualité, j'ai bien aimé celui du Courrier international. Ou celui-ci aussi. Ne tombons pas dans l'amalgame, ne courons pas dans l'issue trop facile du racisme et de l'islamophobie.










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