Six heures de bus depuis El Calafate, pour rejoindre Puerto Natales, une promenade. Petite ville quadrillée (mais ça c'est le cas pour toutes les villes chiliennes, je vais arrêter de préciser), au bord du fjord, avec un vent super fort, qui s'est avéré n'être en fait qu'une petite brise en comparaison aux jours suivants.
Je n'y suis restée qu'un après-midi; la ville sert surtout de point stratégique pour rejoindre le Parque Torres del Paine (c'est là que l'on peut louer le matériel de camping, acheter de la nourriture à des prix encore accessibles, envoyer quelques mails avant de disparaître dans le désert de la 3G). Pas incroyble, mais joli.
Cisne cuello negro
Le "Parque Nacional Torres del Paine", c'est un des points phare d'Amérique latine, que tous les chiliens connaissent et chérissent, et dont tous les "bagpackers" (oui je me mets au jargon local) parlent.
Il a été déclaré parc national en 1959; réserve mondiale de la biosphère par l'Unesco en 1978; et plus récemment, huitiène merveille du monde (c'est Femme actuelle qui l'a dit... mais je l'avais lu autre part). Et pour cause; 227 000 ha de nature sauvage, avec 17 écosystèmes différents, on peut y voir des steppes, forêts, montagnes, lacs, cascades et glaciers. Son nom vient des trois tours ("torres") de granit qu'on voit dès l'arrivée, et du bleu turquoise des lacs ("paine", qui signifie une variation de bleu dans une langue indienne).
Beaucoup de randos, du coup, et surtout le célebrissime "W", le parcours le plus connu qui se fait en 4-5 jours (à la queue-leu-leu du coup, vu que tout le monde veut le faire en même temps - quand il ne pleut pas trop).
Mais difficile de parler du "W" en fait, puisque je ne l'ai pas fait !
Eh non, c'est pas l'envie de marcher cinq jours dans le froid qui manquait, mais tout un tas de choses, le prix de l'entrée, des transports et de l'organisation (pour ne pas manquer de nourriture par exemple), et puis peut-être un peu de flemme, ou l'envie de connaître le parc autrement.
Et du coup, volontariat de onze jours avec l'association "AMA", qui s'occupe d'organiser certaines parties du parc, réparer des sentiers, étudier la faune et la flore.
Là où on dort. C'est joli, mais c'est chaud le jour et froid la nuit !
Le joli petit chemin pour aller au "Baño". J'ai arrêté d'y aller la nuit
après qu'on m'ait appris qu'un puma affamé peut manger un cheval.
Et puis, ça a été l'occasion de tester "les métiers de l'imaginaire". Comme:
- Nettoyeur/euse de la forêt
Après les incendies qui ont décimé le parc, la nécessité de protéger les arbres natifs s'est avérée primordiale; on va donc dans la forêt, et on nettoie tout un espace pour pouvoir récupérer les graines en avril. On range la forêt quoi.
ça, par exemple, c'est une forêt de Lengas très mal rangée!
- Planteur/euse d'arbres
les arbustes des espèces natives donc, là où il y a eu les incendies.
Voilà l'arbre natif en question, la Lenga. C'est un arbre qui n'existe que dans certaines parties de l'hémisphère sud (Nouvelle-Zélande, et région des magallanes au Chili). Croissance très très très lente. Ce qu'il en reste aujourd'hui, c'est moins de10% de ce qu'il y avait avant que les européens arrivent et décident de tout faire cramer.
Lenga d'un peu plus loin
- Regardeur/euse d'oiseaux
oui, à 6heures du matin, et on note ce que l'on voit.
Est-il utile de préciser qu'à 6h du matin on se caille sec,même en été ?
Et au petit matin, la lumière est belle !
- Bricoleur/euse de panneaux
pour les chemins, on ponce, on taille, on cloue et on grave.
- Réparateur/trice des chemins
l'érosion tue.
- Observateur/trice d'adolescents.
Des classes de collège viennent planter des arbres certains week-end. Tout un spectacle d'observer les rapports sociaux qui se mettent en place !
L'eau est à 8 degrés...
- Compteur/euse de bourdons, "censo de Bombus"
le bourdon, plus résistant que les abeille, est aussi plus efficace pour polléniser les fleurs. Pour cette raison, on en a importé d'Europe (Comme celui-ci), et avec lui toutes ses maladies, contre lesquelles les bourdons natifs (Comme celui-là) ne sont pas immunisés. Le "censo de bombus" consiste à se promener, et à noter si l'on voit des bourdons natifs, et où. Ils se repèrent assez vite: ils sont énormes, oranges, et zonzonnent fort. Mais bon, en fait j'en ai pas vu dans le parc, j'en avais vu plus au nord.
Le garde-manger du Puma
L'autre avantage,en restant un moment au même endroit, c'est de voir le même paysage avec toutes les variations climatiques possibles. Notamment une montagne-dont-j'ai-oublié-le-nom, contournée quatre fois par jour pour les repas (soit une dizaine de kilomètres juste pour aller manger ! Appelez-moi musclor-gambettes, por favor)
La montagne quand il fait beau
La montagne quand il fait mi-beau
La montagne quand il fait nuit
La montagne quandil fait gris
Et la montagne quand il fait carrément super froid
Le dernier jour, on laisse les pioches, haches et rateaux de coté pour aller faire l'une des branches du W, jusqu'aux torres del paine. 14km, en 6h30 (retour sous la pluie),avec 700m de dénivelé,et paysages bonitos, superlindos, hermosos !
Un peu la trouille en haut quand même, avec un vent à décorner tous les boeufs des environs (par chance il n'y en a pas),un vent qui crée de minis-tornades et qui coupe les cascades, j'ai bien cru m'envoler.
Les caballitos, qui vont ravitailler les refuges
Oui, j'ai un léger toc, j'adore les ponts, je les prends tous en photo
Tradition du parc (du Chili ?): quand un arbre tombe, les marcheurs
posent une pierre sur les racines. C'est joli.
Tadam !! Les fameuses torres...
...del paine !
De gauche à droite: la tour Agostini, 2850m, escaladée en 1963; la tour centrale, 2800m, 1963; la tour Manzini, 2600m, 1958.
Dans un guide, on peut lire: "Du point de vue sportif, les torres del paine ont toujours représenté un défi majeur pour les montagnards du monde entier. Aux difficultés que présentent les parois verticales s'ajoutent les risques constants d'éboulements rocheux et le problème de la grande instabilité climatique"
Donc non, je ne comprends pas bien comment des types ont pu envoir l'envie irrepressible de monter tout là haut.
Enfin,un régal de fleurs et d'animaux.
Cabalgata ! Autre avantage de sympathiser avec les employés du parc
Mata negra
El Calafate.
Ou la meilleure invention de la nature pour grignoter même en rando
Zorro gris
Le Guanaco.On en croiseénormément sur les routes, parfois le bus doit s'arrêter
pour les laisser tranquillement traverser. Mais ils ne s'approchent pas trop des
chemins de rando, hyper-fréquentés.
Enfin, après le parc, quelques jours à Punta Arenas, ville au bord du détroit de Magellan. Noël à l'auberge, barbecue et salades dans le jardin (mais froid ! "Été" tout relatif ici), puis beaucoup de "moments de rien" à l'auberge, très chaleureuse et très bien.
Le détroit de Magellan
Comprend qui peut ?
Les cormorans, qui s'entassent sur le ponton (mot qui fait beaucoup rire les hispanophones d'ailleurs)
Et les décorations de noël, à base de têtes de père-noël !
On pourrait y voir une contestation du capitalisme sauvage des périodes de fête ! Mais je crois pas.

Merci Sophie, c'est superbe... et tu as un humour irresistible!!
RépondreSupprimerBonne année soph et continue bien! Bisous
RépondreSupprimerSalut toi, merci pour ces magnifiques photos et ces commentaires, à la fois avisés et plein d'humour ! Quel beau voyage, tout à l'air si paisible ..... c'est avec un retard certain que je te souhaite une excellente année 2015.. et après un voyage pareil, elle sera forcément belle cette année, pleine de nouveaux projets et de beaux moments partagés. On t'embrasse et on te souhaite bonne route ...
RépondreSupprimerHey Sophie, pas évident de mettre un commentaire, j'ai pas la clef.
RépondreSupprimerMerci mille fois pour ce reportage du bout du monde.
Bises
Jacques
Ca y est, ça semble vouloir fonctionner.
RépondreSupprimerDu coup j'en profite pour te passer le bonjour depuis Colombiès, avec les parents qui sont passionnés par ton voyage de feu. Fascinés par les chroniques et les photos superbes.
J'en profite pour te souhaiter une bonne année, elle commence dure (j'ai bien aimé le message de Vincent aujourd’hui... une année salée... avec une photo d'océan et de Tony.), on se demande bien les suites.
Je suis sûr que la poursuite de ton trip sera au moins aussi fascinante, écris écris, publie, on lit avec avidité.
Aujourd'hui c'était Musée Soulage avec papé et Mamie qui ont beaucoup aimé... jeunes les ancètres...
Grosses bises de tous
Jacques
Merci beaucoup les cousines, les Martin's (plus assidus que Jojo, vous pouvez lui tirer les oreilles de ma part à l'occasion !) et Jacques !
RépondreSupprimerMerci d'en faire profiter Papé et Mamie aussi, ca me fait vraiment plaisir qu'ils puissent voir un peu comment se passe le voyage (et peut-être que ca peut rassurer un peu mamie aussi). Peux-tu leur transmettre que je leur écris régulièrement des cartes, mais que les postes argentines et chiliennes me mettent des batons dans les roues ?
Des bises à tous, et puis bonne année surtout, qu'elle continue mieux qu'elle n'a commencé.